]]>




Image Hosted by ImageShack.us

12.2.07

Une Nuit au Moonlight

Dans une des ruelles du 11em arrondissement, on peut trouver l'after le plus glauque de Paname. Je l'appellerai le "Moonlight", histoire de pas faire de mauvaise pub.

A chaque fois qu'on va au Moonlight, mon pote Vincent et moi, ça fini en couille. C'est comme ça, c'est obligé. Et à chaque fois, on se le dit, on se le jure même : On n'ira plus jamais au Moonlihgt ! Pourquoi est-ce qu'on y retourne alors ? Et bien parce que très tôt le matin, à la sortie d'une des boites du même quartier, quand on a plus de vodka que de sang dans les veines, on trouve toujours que c'est une putain de bonne idée d'y aller, au Moonlight.

Un jour, je vous raconterai comment on a atterri chez un type, rencontré au Moonlihgt, qui a fini par nous sortir de chez lui à coup de poing alors qu'on lui avait rien fait (enfin je crois). Mais pour le moment, il est question de Dimanche soir dernier.

Dimanche soir donc, ou Lundi matin si vous préférez. On avait passé la soirée, mon pote Vincent et moi, à trop boire en écoutant de la musique trop forte. Combien de vodka orange on avait bu ? Sûrement assez pour atteindre cent fois notre Apport Journalier Recommandé en Vitamine C.

A la fermeture de la boite, gonflés à bloc, on décide d'aller petit déjeuner d'une bière sur le boulevard Poissonnière.

Première brasserie, le garçon ne veut pas nous servir : « Vous trouvez pas que vous êtes pas un peu fatigués ? » Mais qu'est ce qu'il raconte celui là ?! On est en pleine forme ! Hein Vincent ?! C'est pas vrai qu'on est en pleine forme ?! Ce que j'apprécie chez mon pote Vincent, hormis son énorme capacité à tenir l'alcool, c'est qu'il est toujours d'accord avec moi.

Ni une ni deux, on déguerpit de là, et on déniche juste en face un café un peu moins prétentieux, où le serveur n'est pas très regardant sur la « fatigue » des clients.

La bière du petit jour à une saveur particulière, elle glisse sur la langue, fraîche et mousseuse, et elle picote un peu la gorge tout en la désaltérant.

Au bout de la quatrième, c'était de la Stella je crois, je m'étale sur ma chaise en écoutant mon pote Vincent me parler de ses lectures. Ce qu'il y a de bien, avec mon pote Vincent, c'est qu'il peut passer de Céline à Dragon Ball Z en moins d'une demi seconde. « J'ai presque fini Voyage au Bout de la Nuit, j'en suis au moment où il est engagé dans un hôpital psychiatrique et que son patron devient ouf ; en parlant de ouf, tu sais comment Sangoku et Petit Coeur ont fait pour retrouver Sangohan ? C'est grâce au radar de Bulma, il leur a indiqué où était la boule n°4 placée sur le chapeau de Sangohan ! C'est ouf ! »

Ensuite, je sais pas lequel de nous deux en a eu l'idée, mais on s'est dit que ce serait vraiment classe de finir cette super soirée au Moonlight ! Méga classe même !

Ce qui est très bizarre à chaque fois qu'on va au Moonlight, c'est qu'on met toujours au moins une demi-heure à y aller alors qu'on est juste à coté. C'est comme ça. On connaît le nom de la rue, on connaît le quartier comme notre poche, mais on se débrouille toujours pour se perdre. Comme si les rues de Paris devenaient un labyrinthe, d'un coup, comme pour nous empêcher d'y aller. En tous cas, quand on finit par le trouver, on est encore plus contents que si on l'avait trouvé directe. Le Saint Graal est d'autant plus savoureux que sa quête est difficile. Il parait.

Après avoir pas mal galéré donc, après avoir demandé notre chemin à des gens qui allaient au boulot et qui, bizarrement, ne nous répondaient pas, on y était.

A l'entrée du Moonlight, pas de grand videur Noir, juste un gars en lunettes de soleil qui ouvre la porte après qu'on ait tapé.

On descend l'escalier étroit, et on entre dans la salle comme des Princes, mon pote Vincent et moi, dans notre principauté qui sent la clope.

Au Moonlight, je saurais même pas vous dire quel genre de musique ils passent. D'ailleurs, je mettrais ma main à brûler qu'y a même pas de DJ, et qu'ils foutent juste un disque en boucle. Et vous savez quoi ? Je crois bien que tout le monde s'en fout de la musique au Moonlight. Passé une certaine dose d'alcool, on devient tous un peu sourds.

Mon pote Vincent et moi, on va au bar et on commande une bouteille de vodka avec du jus d'orange.

Au Moonlihgt, la bouteille de vodka coûte 150 euros. C'est pas qu'on soit millionnaires, mon pote Vincent et moi, c'est juste qu'on claque toute notre thune dans ce genre de trucs. Pas question de mettre 4 euros dans un panini, on préfère s'acheter une baguette de pain et une boite de thon au supermarché. Prix de revient du sandwich : 1,75 euros.

4 euros pour un panini, c'est une folie. Mais 150 euros pour une bouteille de vodka, c'est un prix plutôt raisonnable.

Donc, mon pote Vincent et moi, on s'assoit à notre table et on trinque à cette journée qui pouvait pas mieux commencer.

Au Moonlight, presque personne ne danse. La piste est d'ailleurs minuscule. Y a juste un ou deux allumés qui se trémoussent en se regardant dans la grande glace. Les gens ne viennent pas au Moonlihgt pour danser.

Au Moonlihgt, la queue des toilettes est aussi longue que celle de Space Mountain, vous savez, ce manège à EuroDisney qui fait des loopings. Aux toilettes du Moonlihgt, c'est un peu le même principe, les gens sont à la recherche du looping. Sauf que là, pas besoin de monter dans un wagon qui tourne à 360°, le corps reste sur place, y a juste le cerveau qui fait des loopings.

A un moment, peut-être dix minutes ou deux heures après qu'on soit arrivés, mon pote Vincent se lève et dit qu'il va faire un tour.

Moi, je me sens bien là. Je m'affale dans la banquette, je trempe un peu ma langue dans mon verre très froid, et je repense à Sangohan qu'on retrouve grâce à cette boule au dessus de son chapeau... Je me dis que j'aimerais bien en avoir une moi aussi, mais que ça pourrait être chiant parfois, si j'ai pas envie qu'on me retrouve...

Une vision surprenante me sort de mes pensées : mon pote Vincent revient une fille à la main ! Une grande blonde avec un décolleté et une taille de seins indécents.

La fille s'assoit entre nous. Je parle avec elle, je sais plus de quoi, mais elle me sourit beaucoup et sa main est sur ma cuisse. Mon pote Vincent, c'est le meilleur.

La bouteille se vide très vite. J'ai très chaud et j'aime vraiment cette chaleur là. Elle ressemble à aucune autre. C'est pas comme celle du soleil ou celle du chauffage qui viennent de l'extérieur. La chaleur de l'alcool vient du dedans, et elle y reste.

La suite des événements est floue et un peu moite.

J'embrasse beaucoup la fille pendant que sa main se frotte au pantalon de mon pote Vincent.

Je crois qu'à un moment je me dis : « Le Moonlihgt est l'after le plus chouette de Paname ! »

La fille veut qu'on aille chez elle, elle habite tout près, mais elle veut qu'on achète un ou deux gé avant de partir. On réunit sur la table ce qui reste de notre fortune, la fille prend le fric et va vers les toilettes.

La coke, on n'est pas spécialement des amateurs, mon pote Vincent et moi. On dit pas non quand y'en a hein, mais nous c'est plutôt à l'alcool qu'on carbure.

On trinque avec l'eau des glaçons fondus. Y a vraiment des semaines qui commencent bien.

La fille revient, et je me souviens plus très bien de comment on est sortis du Moonlihgt. Je me souviens juste qu'il faisait très jour dans la rue.

Je crois qu'on n'a pas marché très longtemps, collés tous les trois. Je crois que j'ai demandé à la fille si elle était mannequin, parce qu'elle était très grande, et je crois qu'elle m'a roulé une pelle bien mouillée.

Je crois que la porte de l'immeuble était marron foncé, et que les escaliers étaient en bois.

Sur la couette jaune, mon pote Vincent s'écroule sur le dos. La fille étale le contenu de ses deux petits paquets sur une table, elle trace plusieurs lignes vite fait, et prend une demi paille qui traînait déjà là. Elle fait son affaire, me file ensuite la paille et se jette sur mon pote Vincent qui a l'air content.

Je me dis que ça me fera du bien, surtout pour assurer avec la fille, et je m'en enfile donc pas mal.

J'attends un peu, ça vient, comme si je désaoulais tout doucement.

Les murs ne sont pas très blancs, les veines de mes mains sont très bleues et très gonflées. Les deux autres font du bruit, j'imagine déjà la suite et je m'en lèche les babines.

La fille suce mon pote Vincent, qui n'a pas l'air d'avoir besoin de substances pour se réveiller. Quand je vous disais que ce mec tenait l'alcool comme personne !

Je caresse les fesses de la fille, je la regarde de dos, sa tête qui s'active, c'est vrai qu'elle est grande...

Elle lève la tête pour dire un truc, mais je comprends pas ce qu'elle dit, j'entends pas les mots. J'entends juste la voix, une voix grave avec un drôle d'accent. Je la prends par les épaules et la tourne doucement vers moi, regarde son visage, ses bras, ses mains, elle bande, c'est un mec !

Putain de bordel de merde !! Un mec !

« Ti a oune proublime chiri ?! »

Je reprends mes esprits comme je peux, et lui dis que ça va pas être possible, je m'excuse, dix fois, elle comprend pas. Je secoue mon pote Vincent, lui dis de remonter son pantalon et qu'on doit y aller. Vite. Il comprend pas non plus, balbutie que je peux me casser si je veux mais que lui il reste. Je le prends par le col de sa chemise, lui crie qu'il faut vraiment qu'on y aille, et je crois que j'ai crié très fort parce qu'il a dit ok.

Sur le palier, je m'excuse encore, dis qu'on ne peut vraiment pas rester, et qu'on se reverra peut-être.

Je descends les marches très vite en traînant mon pote Vincent. Dehors, c'est l'heure du déjeuner, ça grouille.

On titube un peu, mon pote Vincent et moi, en se dirigeant vers le Metro. Et je lui explique ce qui vient de se passer.

C'est juré, on n'ira plus jamais au Moonlihgt !

Axl Cendres

Pour contacter Axl Cendres ou un autre auteur de la revue : revuenoiretblanc@hotmail.com
Creative Commons License
Ce/tte création est mis/e à disposition sous un contrat Creative Commons.